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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 08:04

C'est le titre d'un essai passionnant de Jacques Laurent (alias Cécil Saint-Laurent) consacré à l'évolution des dessous féminins. Exploitant l'idée de l'existance de deux systèmes, l'un historiquement "fermé", masculin, l'autre "ouvert", privilégié depuis plusieurs siècles par les femmes,  cet essai a alimenté, il y a déjà quelques années, mon espoir que tout n'était pas perdu...

A toutes les époques, les accessoires avaient été utilisés par les femmes pour se féminiser, pour se singulariser, pour se rattacher, grâce à quelques riens, à un style. En pull et pantalons noirs, une femme pouvait se détacher de l’uniformité grâce à des chaussures, à une ceinture, à des boucles d’oreilles, à une certaine manière de serrer ou de laisser pendre la ceinture, de suspendre ou de ficher les boucles d’oreilles, grâce à un bijou ou à la signification d’un maquillage, grâce aussi à ses dessous.

Au moment où j’écris, je sais que depuis douze ans on a été fondé de croire que le dessous féminin avait disparu et même que les femmes avaient accepté de s’emprisonner de la taille aux pieds dans un collant. Je sais aussi que, pendant ce laps de temps, une aventure insolite se déroula dans la pénombre où le dessous éclôt et s’épanouit. Certaines femmes, même très jeunes et non accoutumées à la contrainte du porte-jarretelles, la souhaitèrent et, à l’abri d’une jupe ou même d’un pantalon, portèrent avec enthousiasme un appareil que la mode semblait avoir condamné. Du coup sa présence parut changer de sens. Porter un porte-jarretelles à l’époque du collant ne revient pas du tout à en porter un à l’époque où il était commun d’en porter. Cette volonté de singularisation suppose chez la femme la certitude que sa féminité est liée à la nudité du sommet de ses cuisses et qu’elle est symbolisée par le ruban qui se tend sur sa peau jusqu’à la crête du bas. Le porte-jarretelles, parce qu’il n’est plus d’un emploi courant, banal, acquiert une violente signification érotique.

 [Jacques Laurent,Le nu vêtu et dévêtu, Gallimard, 1979, p. 88-89]

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Published by Léo le Chat - dans Saines lectures
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Cassiopée 08/09/2010 09:13


Non, l'horrible collant ne vaincra jamais complètement ! Il n'y est pas parvenu à ses débuts pourtant assourdissants et aujourd'hui, même, il recule. Mille mercis aux bas autofixants, même si je ne
les aime pas, car ils ont détourné bon nombre de femmes du collant, en accompagnant certaines à l'orée du porte-jarretelles.


Mr.W. 27/08/2010 17:41


FELICITATIONS cher Léo !

je en suis pas le seul être sensible à la beauté des mots de Mr Cécil St Laurent (écrivain controversé, aux amitiés douteuses parfois).
je suis un heureux possesseur d'un exemplaire de "l'encyclopédie imprévue des dessous féminins". Il aimait les femmes, leur beauté, leur vie et leurs mouvements.

Je suis un simple gentleman qui suit ce chemin. Et vous ?

Bravo


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