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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 22:44

Après le divorce de mes parents, j’ai vécu avec ma sœur une vie de famille marquée par l’absence du père. Ma mère, plus ou moins consciemment, a adopté un style de vie assez masculin. C’était sans doute pour elle une manière d’assumer, à sa façon, le rôle de chef de famille, voire de pallier l’absence du père. Toujours est-il que ma sœur et moi avons adopté cette attitude, devenant toutes deux de vrais garçons manqués (je n’aime pas cette expression machiste, mais elle traduit bien la situation). Agées de 13 et 15 ans, nous avons connu l’épreuve de perdre notre mère. Nous avons alors dû rejoindre notre père, qui s’était depuis remarié. Sa seconde épouse était une femme dont le comportement se situait à l’opposé de celui de maman. Elle avait une idée précise de la féminité, qu’elle tenait à nous faire partager. Toujours en jupe, impeccablement soignée, elle portait au quotidien des bas et des dessous qui nous paraissaient, à ma sœur et à moi, d’un autre siècle.  Des choix que notre père encourageait de toute évidence – allez comprendre ce qui se passe dans la tête des hommes… Après avoir ricané ensemble de cette belle-mère à la féminité affirmée, j’ai commencé à changer imperceptiblement d’attitude. Julia, c’était son nom, était très douce et compréhensive envers nous. Il y avait beaucoup d’amour en elle. Après quelques mois,  je lui en voulais beaucoup moins (cela n’a pas été aussi simple pour ma sœur aînée, qui a eu beaucoup plus de peine à l’accepter). Toujours est-il que, encouragée par cette seconde mère, je suis devenue plus coquette. Quelque part, je pense que je l’admirais. Elle me renvoyait l’image d’une femme qui assumait parfaitement sa différence.

Elle m’a encouragée à me mettre en jupe. Tout d’abord certains jours de fête, ou pour des occasions spéciales (visites chez des amis, sorties en famille), avec des collants tout simples. Bien que ma sœur se moquait de moi, ou peut-être à cause de cela, je me suis mise il y a une dizaine d’années (je devais avoir 15 ans) à en porter plus souvent, puis presque quotidiennement. Un jour que nous faisions du shopping, Julia m’a demandé si je n’avais pas envie d’essayer les bas. A l’en croire, les bas étaient plus élégants, plus hygiéniques, plus agréables à porter aussi. Pourquoi ne pas en faire l’expérience ? J’avais l’âge de passer à autre chose ! Je lui ai demandé si elle pensait aux bas qui tiennent tout seuls, adoptés par quelques-unes de mes amies. « Tu peux essayer si tu veux, mais tu verras, ce n’est pas très agréable de sentir cette bande élastique qui enserre la cuisse, sans parler du souci permanent : vont-ils tenir ou jouer mauvais tour ? Pas évident de se retrouver avec un bas à la cheville ! ». Il ne m’a pas fallu trop longtemps pour me décider. Nous avons fait l’emplette d’un petit porte-jarretelles tout simple et de quelques paires de bas classiques. Je me sentais troublée et très fière… mais, de retour à la maison, je n’ai pas osé en parler à ma sœur, qui n’aurait pas manqué de se moquer de moi. Elle qui ne mettait quasiment jamais de jupe, comment aurait-elle pu concevoir que je mette des bas ?

Nous avons fait des essayages le soir même avec Julia. Je crois que je n’oublierai jamais cet instant où elle m’a aidé à accrocher les bas au porte-jarretelles ! Je me sentais en même temps en décalage total et complètement moi-même. Nous avons ri comme de vieilles copines. Julia semblait encore plus heureuse que moi ! Pour moi, c’était comme si j’avais franchi une étape. Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti profondément mon sexe au fond de mon ventre. Un trouble extrêmement agréable – érotique – m’a enveloppé. Depuis ce jour-là, je n’ai plus jamais remis de collants. Quant aux pantalons, ils étaient – et sont toujours – réservés aux situations embarrassantes. Bien que le porte-jarretelles soit resté un basique pour moi, j’enfile parfois des dessous plus structurés, pour certaines occasions, ou avec des vêtements particuliers : serre-taille, bustiers, guêpières, et même jusqu’aux gaines classiques de Julia, dont nous nous moquions, ma sœur et moi, tant elles nous apparaissaient comme des monstres sortis d’un autre temps, voire d’un autre monde... Il faut bien l’avouer : une gaine bien ajustée représente parfois le compromis idéal entre confort et maintien, sous une jupe étroite par exemple (je pense aux « pencil skirts » qui reviennent à la mode), ou encore avec des bas à coutures (j’ai osé en mettre pour la première fois  il y a trois mois, pour l’anniversaire de mon chéri : sublime !).

Celui qui m’aurait connue il y a dix ans et me rencontrerait maintenant n’imaginerait pas qu’il puisse s’agir de la même personne… Je revois de temps en temps Julia, à qui je suis reconnaissance de m’avoir révélée à moi-même. En dépit des années passées, elle a toujours la même foi en elle, et le même rayonnement. Elle reste un modèle pour moi !

 

maelle.jpg

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Published by Léo le Chat - dans Les bas
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commentaires

Domamido 13/07/2013 16:58

En tous les cas, ravie de constater que j'ai eu du flair pour avoir reconnu votre "patte", cher Léo.

Domamido 04/07/2013 20:01

En fait, le témoignage d'Hannah, que je viens de relire, me fait aussi beaucoup penser à votre nouvelle "Natacha". D'où tenez-vous ces témoignages ? Vraiment, ça m'intéresse.

Léo le Chat 08/07/2013 21:52



Depuis le temps que je m'intéresse - en tout bien tout honneur - au phénomène, je commence à être connu... Cela incite parfois à la confidence!



Domamido 04/07/2013 19:57

C'est drôle, Léo, mais ce témoignage est écrit de telle façon... En fait, il me fait penser à vos textes, du point de vue du style, des tournures de phrases. Est-ce un témoignage écrit ou verbal ?
Dans ce cas, cela expliquerait les similitudes dans le style. Ou bien alors, la demoiselle (ou la dame puisqu'on ne dit plus Mademoiselle, ce que je trouve fort dommage, ceci écrit en passant.
Va-t-on appeler Madame une jeune fille ou adolescente ?)est parfaitement en phase avec vous, au point d'écrire comme vous. Je vous taquine, Léo !

Léo le Chat 08/07/2013 21:49



On reconnaît bien là l'excellente journaliste et la fine lettrée! Compliments pour votre lecture attentive.


Les témoignages donnés en pâture aux internautes passent par la médiation littéraire de votre serviteur... C'est peut-être réducteur, mais cela garantit une certaine qualité d'écriture.


Léo



GentlemanW 04/07/2013 17:30

Beau témoignage d'une image fidèle et délicate de la féminité. Chacune reste libre de ses choix mais le bas nylon est un cocktail magique de sensualité, de pratique, de subtilité, de douceur au
quotidien.

Amitiés

Léo le Chat 08/07/2013 21:53



Merci pour vos commentaires, cher Gentleman, toujours appréciés.


Cordialement



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