Blog consacré au "revival" de la lingerie glamour
III
La vieille dame, assise dans son fauteuil de velours cramoisi, lisait un magazine « people ». Elle releva les yeux et ne put s’empêcher d’admirer sa petite-fille, qui esquissait devant elle quelques pas de danse, histoire de vérifier la bonne tenue du tailleur.
- Magnifique ! Tu as résolu ton problème, apparemment…
- J’avoue que je suis un peu bluffée. Je n’aurais pas pensé qu’un simple bout de tissu aurait un tel effet…
- « Un simple bout de tissu »… lâcha Iryna avec une certaine ironie, suffisamment discrète pour que Natacha n’entende pas.
- Je peux la garder ?
- Si elle t’est utile, prends-là sans hésiter. De la qualité pareille, on ne trouve plus !
Natacha courut embrasser sa grand-mère. Celle-ci l’admira encore une fois de pied en cap.
- Ce tailleur est vraiment chic. Il te va très bien. Il te plaît toujours ?
- Et comment
- Je dois quand même te faire une remarque, enchaîna-t-elle après une courte pause.
- Dis toujours !
- Tu devrais porter des bas avec, c’est un tout. Comme cela, il manque quelque chose.
Natacha ne put réprimer une moue.
- Tu sais bien, je n’aime pas trop ! Et puis je n’en ai pas sur moi.
- Tu fais comme tu veux, mais je pense que tu as tort. Tant qu’à mettre un tailleur aussi beau, il faut assumer jusqu’au bout. C’est comme une Ferrari à laquelle on enlèverait le petit cheval dressé…
La comparaison amusa la jeune fille.
- Tu m’en prêtes une paire, juste pour voir si ça fait une telle différence ?
Trop heureuse d’avoir fait changer d’avis sa petite fille, la vieille femme reprit :
- Il y en a dans la même commode, dans le dernier tiroir.
Natacha grimpa dans la chambre.
Elle en redescendit quelques minutes plus tard, la mine déconfite.
- Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ça ?
Elle tenait au bout de son bras une paire de bas nylon d’une belle teinte gris-fumée.
- Eh bien, ce sont des bas, c’est ce que tu cherchais, non ?
Natacha la regardait, un peu interloquée.
- Je pensais à des collants ! Les vrais bas, je n’ai jamais essayé. J’ai bien quelques copines qui en mettent pour leur copain, mais ça m’a toujours paru un truc un peu lourd, limite louche…
A son tour la grand-mère accusa un certain étonnement.
- J’ai essayé les collants au début, dans les années 70, mais ça ne m’a jamais plu. Ni à ton grand-père d’ailleurs. La texture, ce sentiment d’avoir un noeu à l’entrejambe... Et puis ça descend. Je suis revenue aux bas par choix. Parce que je me sentais mieux avec des bas qu’avec des collants. Tu es libre d’en penser ce que tu veux, mais cela me fait de la peine que tu trouves cela « louche ».
Natacha ne savait plus que dire et restait pensive.
- Alors tu n’as pas de collants ?
- Non, je t’assure.
Un silence gêné se fit jour entre les deux femmes. Iryna le rompit.
- Tu m’as dit que les années 50 étaient à la mode… Alors pourquoi ne pas essayer aussi les dessous qu’on portait à cette époque ? Les habits étaient créés et taillés en fonction des sous-vêtements, cela allait de soi.
- Tu as gardé des porte-jarretelles ?
- Tu me connais…
Les deux femmes montèrent à l’étage, Iryna emboîtant le pas à sa petite-fille et la suivant à son rythme.
Elle se dirigea vers une petite commode ventrue et ouvrit un des trois tiroirs. Après avoir farfouillé un moment, elle en tira deux ceintures équipées de jarretelles, l’une noire relativement haute, l’autre blanche, et les tendit à Natacha.
- Voilà deux très belles pièces. J’avais à peu près ta taille (peut-être un peu plus dodue..) mais cela devrait aller pour un essayage – si cela te tente.
Natacha examina avec une certaine curiosité les dessous proposés.
- Cela ne ressemble pas vraiment à des porte-jarretelles…
Sa grand-mère étala délicatement la lingerie sur la commode. Après un temps de réflexion, elle répondit :
- En effet, on ne portait pas vraiment ce que vous appelez aujourd’hui des porte-jarretelles et qu’on voit sur certaines publicités. A ton âge, même plus jeune, ma mère m’a emmenée, comme toutes les filles, chez sa corsetière. J’ai troqué mes premières ceintures, qui ne servaient qu’à tenir mes bas, contre une gaine relativement contraignante.
Les mères estimaient alors qu’il était important que leurs filles, devenues de jeunes adultes, soignent leur aspect. La gaine faisait la femme. C’était une manière de marquer la fin de l’enfance. Les choses sérieuses commençaient. Une fois émancipées de leur mère, les filles gardaient une conscience très forte de cette réalité, tout en se permettant quelques fantaisies. La guêpière noire ajourée est un cadeau de ton grand-père. Les hommes aiment les tailles fines ! La mode new look, dans les années 50 justement, proposait une silhouette où la taille était vraiment marquée. C’était superbe, mais cela imposait souvent des dessous relativement structurés…
à suivre