Un sondage à ne pas manquer !

Chères Amies adeptes ou amatrices de bas,

Léo, dont vous connaissez l'insatiable curiosité, a mis en ligne un sondage pour tout savoir sur les rapports amour-haine des femmes et des bas... Courez-y vite, votre contribution est précieuse! Et n'hésitez pas à inciter vos amies et connaissances à participer...

  Vers le sondage:     Les bas et vous

Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 21:36

arlette.jpg Chère Arlette,

Vous animez à l’enseigne d'Arlette Vilard un blog remarquable dans lequel vous vous efforcez de faire partager votre passion pour la mode vintage, et notamment les dessous qui vont avec : bas, porte-jarretelles, gaine, serre-taille, corsets, combinaisons, jupons, autant d’accessoires sur lesquels l’identité féminine s’est construite avant que la « libération » des femmes ne les relègue au rang d’instruments d’oppression du sexe dit faible par son équivalent masculin.

Comment vous situez-vous dans cette problématique ?

Je pense, en observant les femmes un peu partout, que, de nos jours, la lingerie a une connotation plus sexuelle qu’usuelle... Les femmes achètent de la lingerie en espérant être jolie pour quelqu'un la plupart du temps, et donc dans ce cas l'idée de femme-objet est d'autant plus prononcée, puisque la femme, aujourd'hui encore, se voit considérée comme un cadeau à déballer, délacer... 

Quant à la symbolique des sous-vêtements féminins (j'essais de faire concis mais c'est difficile-rires), certes il s'agit là d'une identité qui ne peut être asexuée, car encore trop imprégnée de connotations sexuelles qui dépeignent la femme comme un objet. Les bas et porte-jarretelles sont des portes ouvertes (dans une image très naïve j'entends bien) : la femme reste accessible avec cette lingerie...

Le porte-jarretelles, malheureusement, c'est devenu un fantasme pour l'homme (pas tous). C'est un peu dommage, car je pense qu'à cause de cela la femme se sent tenue à se soumettre au fantasme de son homme et ne vit pas réellement le sien...

Pour moi, mettre des porte-jarretelles à l’époque où le pantalon est entré dans le vestiaire féminin, c’est faire un choix, mon choix, et par conséquent être libre de m’y sentir juste à l’aise, et femme, et non un objet, qui plus est sexuel.

 

Une bonne partie de la magie qui peut exister dans les rapports entre sexes opposés est liée à un sentiment, plus ou moins assumé, de différenciation culturelle. Pendant des générations la masculinité s’est définie par les pantalons (à quelques exceptions près, pensons aux Ecossais !). Vous arrive-t-il de porter des pantalons, et dans quelles circonstances ? Si ce n’est pas le cas, pensez-vous que les femmes font fausse route en adoptant, dans leur grande majorité, le pantalon pour la vie de tous les jours ?

Le pantalon ! Affreuse chose... (rires) J'ai porté des pantalons dans ma petite vie, bien sûr... dans ma petite enfance caleçons, préadolescence jeans, et adolescente j'ai très vite mal assumée le pantalon en mettant des jupettes par dessus, de longues vestes etc., ou des pantalons très larges...

Je trouve le pantalon plus vulgaire qu'une jupe car il laisse deviner des parties du corps chez la femme, ses fesses, ses cuisses ... et quand j'en portais sans jupes par dessus ou autre j'avais l'impression d'être nue, et que ma silhouette était à la portée de tous... Avant, les hommes regardaient le décolleté de ces dames faute de deviner leurs fesses sous leur jupons multicouches... Aujourd'hui les hommes regardent les fesses des femmes, et je me demande comment les femmes font pour ne pas marcher un journal sur les fesses!

Mais bon, c'est mon point de vue, je ne veux pas paraître réactionnaire... Je trouve le pantalon très beau pour un homme, bien ajusté et bien porté, cela rend un homme très désirable... donc je peux comprendre que les hommes d'aujourd'hui trouvent le pantalon séduisant sur une femme... (rires).

Pour ma part je porte des pantalons extrêmement rarement. Une des dernières fois où j'ai porté un pantalon, c'était pour aller à la cueillette des cèpes et bolets et à la pêche aux écrevisses (je sais c'est interdit, mais nous les avons relâchées -rires-) en pleine campagne... Je porte également des pantalons de sport, mais uniquement pour faire du sport ; je pense que le "jogging" est peu valorisant (rires). Mais pour faire de l'exercice c'est un élément essentiel au vestiaire féminin!

 

Même si certains des articles de votre blog font référence à la Belle Epoque et que votre intérêt pour les corsets est évident (lié apparemment à votre amour des Impressionnistes), j’ai le sentiment que l’époque qui vous « parle » le plus, avec laquelle vous vous sentez particulièrement en phase, est celle qui court de la fin des années 40 au début des années 60. Une époque marquée par l’intrusion de la modernité dans la vie de tous les jours (voitures, confort moderne, etc.), mais encore fidèle à des valeurs plus anciennes (la famille, bien évidemment, mais aussi une certaine morale bourgeoise qui se traduit dans un sens des responsabilités et un « positivisme » plus aigus que de nos jours). Qu’est-ce qui vous fascine dans cette époque, notamment dans la façon des femmes de s’habiller ? (Il est certain que les dessous de l’après-guerre peuvent se porter sans trop de problèmes sous des vêtements actuels, ce qui n’est pas le cas des corsets. Je pense que cet élément joue son rôle, mais peut-être que je me trompe !)

Pour le quotidien, aller en cours et les sorties culturelles, le vestiaire des années 40, 50 et début 60 est plus en adéquation avec l'idée très cliché de la silhouette féminine, taille marquée, poitrine soulignée et hanches fortement prononcées, qui correspond à cette silhouette-pictogramme inscrite dans les mémoires... la jupe midi! (oui, c'est toujours avec ce pictogramme que l'on indique les toilettes pour dames dans les lieux publics, alors qu'il faudrait revoir le pourcentage de femmes qui s'identifient à ce pictogramme) (rires). De plus cette silhouette est parfaite pour allier le corset : d'un point de vue esthétique, ce dernier contribue à sculpter le corps et à le mettre en valeur dans des vêtements bien ajustés.

Mais pour les sorties, cocktail, soirée, vernissages, je sors mes plus belles robes d'époque années 20 et 30, et je ne me soucie pas d'en faire trop, ça c'est certain...

Surtout que j'ai plus de belles pièces des années 20 et 30 que 40 et 50, et que je ne collectionne plus tellement les vêtements des années 50, seulement la lingerie.

Après il y a deux autres facteurs qui entrent en compte : la fragilité et le facteur économique ... Des sous vêtements années 50 et 60, c'est beaucoup plus simple à trouver pour pas trop cher, et à porter sans stress d'abîmer la pièce, que de la lingerie des années 1900 à 1930, qui est plus fragile et plus chère ! Ces facteurs jouent énormément sur mon choix vestimentaire du quotidien...

 

Dans la panoplie de dessous susceptibles d’être adoptés, en est-il quelques-uns qui vous semblent plus adaptés que d’autres pour un usage au quotidien ? Simple porte-jarretelles, serre-taille, guêpière, gaine classique, panty (spanx) ? Quels conseils pouvez-vous donner aux filles qui souhaiteraient s’y essayer ? Comment gérer au mieux le relatif inconfort de ces dessous par rapport aux normes actuelles ?

Au quotidien le plus simple à porter pour moi serait le porte-jarretelles et le serre-taille ; la gaine n'est pas pratique, et le panty c'est pas trop mon truc, mais pour l'hiver c'est un bon compromis avec le collant pour celles qui souhaiteraient essayer en ce moment par exemple... La guêpière est bien pour mettre sous une robe, je trouve. Un conseil : ne pas s'y mettre pour le seul motif qu'on trouve ça "sexy"... parce que là c'est l'échec assuré !

Il faut savoir que porte-jarretelles et bas sont d’un confort extraordinaire et d'un maintien incomparable, alors je sollicite l'intérêt des femmes qui ne supportent pas le collant ! Car c'est mon cas... Si vous en avez assez de passer un quart d'heure à vous rhabiller aux toilettes et que vous avez connu des moments d'inconfort total dans la rue et autres lieux publics, comme le collant qui glisse... remonter un collant discrètement c'est peine perdue (rires)... Alors que refixer correctement son bas par devant en tournant le dos à la foule, cela devient tout à fait possible.

Pour ce qui serait de l'inconfort c'est un peu fort je trouve, je dirais que si aujourd'hui vous ne voulez pas de soucis dans vos gestes quotidien gardez le pantalon ...

Ou contournez toujours les bouches de métro pour éviter le remake de "Sept ans de réflexion" (rires) ; ça m'est arrivé, et ça surprend (rires) ! Et puis on apprend à se baisser, à croiser les jambes, à monter sur les tables autrement... enfin ce genre de détails...

 

Sans en avoir la certitude, j’ai l’impression que vous avez adopté les bas au quotidien. S’agit-il uniquement d’une démarche esthétique liée à votre intérêt pour l’histoire du costume, ou pensez-vous que les bas sont injustement décriés et présentent des avantages (confort, hygiène, économie… ) ? A l’inverse, le port de bas au quotidien vous pose-t-il certains problèmes (hormis le fait, j’en suis persuadé, de vous attirer des hommages pas toujours bienvenus !) ?

En effet, je porte des bas au quotidien, les trois quarts du temps des bas d'époque de 1940 à 1960, et mes porte-jarretelles sont toujours d'époque, sans exceptions, de 1930 à 1950-60. ça n'a rien à voir avec mon intérêt pour l'histoire de la mode et du costume... Le lien s’est fait, mais plus tard...

Oui, j'ai déjà eu quelques soucis avec des hommes (connaisseurs, a priori) qui ont remarqué la couture le long de mes jambes et m'ont dit "Ce sont des bas que vous portez.. ? Est-ce que je peux voir vos jambes... ?" Comment peut-on être si mal élevé ?

Mais sinon, niveau hygiène, c'est parfait car pieds et jambes sont dissociés des parties intimes, et par conséquent lorsque vous lavez vote lingerie (à la main toujours!), vous pouvez faire une lessive-main pour les bas puis une autre pour vos petites culottes, c'est bien plus propre, je trouve...

D'un point de vue économique une paire de bas est bien moins chère que des collants : par exemple une paire de bas en magasin tourne autour de 4-5 euros, alors que des collants peuvent coûter jusqu'à 8-10 euros (je ne prends pas de hauts de gamme, bien sûr, vers le haut il n'y à pas de limite,... mais le milieu de gamme, disons). 

 

Comment en êtes-vous arrivée à porter des bas régulièrement, et depuis combien de temps vous y adonnez-vous ? Je suppose que votre mère fait partie de la « génération collants », voire pantalons, et qu’elle n’est pour rien dans cet intérêt pour les bas et les jarretelles ? Est-ce une amie qui vous a convaincue, ou encore un petit-ami ? Est-ce une « révélation » personnelle ? Racontez-nous comment s’est produit le « déclic » !

Porter des bas est une révélation personnelle, j'en porte depuis plusieurs années maintenant. J'ai commencé à en porter à l'adolescence, vers 14 ans. Enfin... j'explique : j'achetais des collants et je finissais toujours par couper les jambes aux ciseaux car je ne supportais vraiment pas le collant ; puis je fixais les jambes des collants avec des épingles à nourrice, dans un premier temps, car le porte jarretelles avait une connotation encore trop intime pour moi. Puis, vers mes 15-16 ans, j'ai commencé à acheter des porte-jarretelles, des bas et guêpières, et je fixais mes bas et morceaux de collants préférés (rires). A l'époque je portais surtout des jupes courtes (au dessus du genoux). Puis un jour, dans une friperie, j'ai vu un porte-jarretelles qui datait de la Deuxième guerre mondiale ... et là, quand je l'ai essayé, je me suis sentie si bien... pas d'élastique, juste pile mon tour de taille, un maintien irréprochable, une beauté... et cette chose avait plus de 50 ans! Cela marque le début de mon histoire d'amour..., et ce porte-jarretelles est un peu comme un porte-bonheur pour moi... Je l'ai repris dernièrement, une jarretelle commençait à fatiguer!

 

Vous dites être une adepte du « tight-lacing ». Ne craignez-vous pas que la connotation « sado-maso » liée à cette pratique (ou du moins ressentie comme telle) ne projette une image négative dans l’esprit d’une partie des femmes susceptibles de s’intéresser aux bas et aux dessous vintage ?

Oui en effet, je porte le corset de manière à ce que mon tour de taille soit réduit par un serre taille/corset, et de ce fait, je pratique le tightlacing ; mais à mon échelle, dans le sens où mon but n'est pas d'avoir la taille la plus fine du monde (rires), mais simplement de garder cette silhouette qui, légèrement modifiée ainsi, me plaît. C'est une modification corporelle tout comme le tatouage ou le piercin,g à la différence que pour arrêter il suffit d'ôter le serre-taille ou le corset et attendre trois jours que les côtes et organes reprennent leur place, et on retrouve son tour de taille initial ... C'est une pratique relativement rigoureuse; je dis relativement car je ne le porte pas pour dormir, et il m'arrive de ne pas en porter une journée dans la semaine car le corset ne se prête pas à la coupe d'un vêtement... ou bien je fais de l'exercice.

La connotation sado-maso, je ne la vois pas et n'en veux pas ! J'ai déjà eu des soumis qui m'ont appelée pour des séances de domination, mais je ne fais pas ça ; même écraser une fourmi est difficile pour moi, alors faire du mal pour procurer du plaisir, ce n'est vraiment pas mon truc. Il faudrait que je sois amoureuse d'une homme soumis, et faire ça par amour, sinon je ne vois pas !

Le coset fait partit des dessous féminin jusqu'à la première partie du XXeme siècle, la pratique aujourd'hui est attribuée au sado-maso et aux fétichistes, mais il y a des fétichistes pour tout et qui sont susceptibles de ternir n'importe quelle image... Demandez à Monsieur Louboutin si le dessous rouge de ses chaussures n'est pas un appel aux fétichistes des pieds... il vous dira sans doute que ce n'est pas son but premier, mais pourtant c'est le cas... 

Donc, bon, je ne vois aucun rapport avec cette pratique sexuelle, qui ne me concerne en rien du tout. 

 

Comment vos proches (parents, amies, mari/petit-ami), collègues d’études et de travail, réagissent-ils à votre look hyper féminin ? Encouragements, sarcasmes, envie, curiosité, incompréhension, complicité… ? Avez-vous eu l’occasion de convaincre l’une ou l’autre de vos connaissances de se convertir aux « vrais » bas ? Racontez-nous comment !

Mes proches aiment bien, de manière générale ; ils trouvent mes projets, passions, collections, mode de vie, sains, enrichissants et beaux. Je pense que c'est ce qui importe avant tout aux personnes pour lesquelles vous comptez... De même pour toute autre relation : j'ai des amis comme tous le monde, avec qui je rigole, sors et passe de bons moments, et je ne pense pas qu'ils fassent tellement attention à mon look... 

Après, pour ce qui est des gens en général, que je ne connais pas, donc des passants, etc., parfois j'ai des compliments sur mon style, parfois j'ai des réflexions stupides, mais bon, je pense que c'est pour tout le monde pareil... Mes collègues d'études ? Au début certains riaient, ou me prenaient un peu pour une femme très précieuse..., alors que c'est faux : me casser un ongle est le cadet de mes soucis, et relever mes manches, je le fais avec enthousiasme...  Donc des a priori,  peut-être au premier coup d'œil, mais quand on discute un peu avec moi j'aime à savoir que les idées changent et que l'on me considère comme tout le monde, avec une passion peut-être un peu plus dévorante que certains, mais c'est tout. Je ne vois aucune jalousie de la part des filles, ça me ferait de la peine de savoir ça! (rires) De plus, je suis relativement timide, donc ça me met assez mal à l'aise quand je peux causer une quelconque gène... 

Convaincre quelqu'un aux bas, je ne crois pas l'avoir fait...  Une fois, je sortais d'une boutique de lingerie avec des copines et elles m'ont demandée ce que j'avais acheté, je leur ai montré, je leur ai dis c'est un porte-jarretelles, et elles m'ont demandez des tas de choses. Je leur ai dit "c'est cent fois mieux que les collants", et elles m'ont dit "On va essayer...", mais bon, sans certitude! (rires)

 

Pensez-vous que l’intérêt actuel de nombres de jeunes et moins jeunes femmes pour les habits et les dessous « vintage », qui explique en partie le succès du « burlesque », soit une tocade passagère ou corresponde à quelque chose de plus profond ? Bref, pouvons-nous espérer voir les bas revenir au premier plan plus durablement ?

Le burlesque... ce n'est pas si médiatisé que ça! C'est parce que nous sommes dans un milieu qui, bien évidement, ne peut que faire le lien avec le burlesque... Mais quand j'en parle à des collègues, j'ai souvent une réponse du genre "oui, j'en ai entendu parlé, des plumes, des paillettes..." mais on ne cite pas les bas...

Le burlesque reste un art vivant à la même échelle que le théâtre... donc un fantasme, celui de la scène et des paillettes. Cela a relancé les cours d'effeuillage pour que les femmes fassent des shows à leur mari... soit une consommation de bas peut-être en hausse, mais pour une durée limitée : si les bas sont portés une fois par mois pour un numéro privé entre amants..., ils ne risquent pas de s'user, et par conséquent la consommation réelle ne change pas vraiment...

Je pense que, pour qu'il y ait un réel intérêt de porter des bas pour les femmes, il faudrait montrer qu'on en porte... Nous sommes dans une société où l'on couple le pratique à l'apparat dans le domaine textile... Exemple : ces collants imprimés porte-jarretelles qui donnent l'impression que l'on porte des bas et des porte- jarretelles, collants à porter avec une mini jupe pour un effet "sexy" ... Cela prouve bien que l'intérêt est de montrer aux yeux de tous, ou occasionnellement en privé ...

Mais bon, comme on a tendance à boucler la boucle, dans la mode et l'art...  il est prévisible que les bas et porte-jarretelles reviennent sur le devant de la scène.

Nous nous inspirons du passé... d'où le style "rétro"... Donc d'ici quelques décennies, les bas pourraient peut-être revenir en force et bannir le collant... mais ce n'est pas pour demain...

 

Connaissez-vous d’autres personnes qui portent régulièrement des vrais bas ?

Non, je ne connais personne qui porte des bas régulièrement, les collants l'emportent ! 

Pour l’instant…

 

Nos plus vifs remerciements à Arlette, qui s’est prêtée à l’exercice avec bonne grâce et une patience d’ange !

Par Léo le Chat - Publié dans : Les bas - Communauté : Un monde de femmes
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 18:36

IV

Natacha avait écouté avec attention sa grand-mère. Elle ne savait pas trop si elle avait envie d’essayer l’une ou l’autre des ceintures qui trônaient sur le guéridon. Tout cela lui paraissait extrêmement contraignant et elle hésitait à entrer dans ce jeu, qui lui apparaissait soudain moins innocent qu’elle ne le pensait auparavant. D’un autre côté, elle mourrait d’envie de faire l’expérience de ce que des générations de femmes avaient vécu.
- Tu devrais essayer la gaine blanche. Cela effacera avec efficacité ce petit ventre qui pointe et améliorera le tomber de la jupe.
Natacha sentit soudain un peu de rougeur lui monter aux joues. Un petit ventre ? Elle ? Elle se regarda à nouveau dans la glace. Sa grand-mère avait raison, l jupe tendait un peu sur le devant.

Elle dégrafa sa jupe, qui glissa sans bruit sur la soie de la combinaison. Elle la ramassa et la posa sur une chaise. Entre temps, Iryna avait préparé la gaine. Un modèle des années 50, coupé dans un tissu relativement rigide, avec des empiècements de tissu élastique et des décorations brodées. Natacha, après avoir hésité quelques secondes, l’enjamba et la fit remonter le long de ses cuisses.
- Elle est trop petite !
Sa grand-mère l’aida à l’enfiler correctement.
- Cela doit serrer un peu, sinon cela ne sert à rien ! dit-elle en souriant.
Elle crocha délicatement les cinq agrafes qui servaient à maintenir la gaine bien tendue sur le corps frissonnant de sa petite-fille, chacune produisant au moment de la fixation un petit bruit étouffé. Elle remonta ensuite d’un geste sûr la fermeture-éclair qui permettait d’obtenir un plastron parfaitement lisse.

Natacha sentait sur son ventre et ses hanches une pression relativement importante, mais non désagréable. Elle avait l’impression d’être contenue. Bizarrement, alors qu’elle avait craint de trouver l’expérience pénible, elle éprouva un certain trouble à sentir son corps ainsi contrôlé. Et peut-être aussi quelque fierté.
Sa grand-mère lui tendit un des bas. Elle dut faire un effort pour se pencher et enfiler la pointe de son pied droit dans le bas, qu’elle déroula soigneusement sur sa jambe.
- Attention à ne pas le faire tordre, sinon il plissera !
Iryna rectifia la position du bas et aida sa petite fille à fixer les deux jarretelles destinées à le maintenir bien tendu, lui montrant comment faire. Elle laissa Natacha se débrouiller seule avec la jambe gauche. La jeune fille se sentait maladroite et semblait un peu dépitée.

- Tu verras, tu apprendras vite si tu les portes de temps en temps…
- C’est bien compliqué, soupira Natacha.
- C’est une partie du plaisir… Les choses simples deviennent vite lassantes !
Autrefois, les bas comportaient une couture derrière, on ne savait pas les fabriquer autrement. On était alors assurées de les enfiler correctement, la couture servant de guide !
Avec les bas sans coutures, il faut un peu plus d’habitude.

Natacha se tourna vers la glace et remonta la combinaison, de manière à mieux voir quel effet faisaient la gaine et les bas sur son corps. Si elle éprouvait clairement la présence de la gaine, les bas lui procuraient une agréable sensation de douceur. Rien à voir avec l’empaquetage d’un collant ou la sensation désagréable d’un bas auto-fixant autour de la cuisse. Tout semblait tenir ensemble comme par magie, d’une manière à la fois délicate et efficace.
- Ces dessous sont faits pour toi ma chérie, lui confia la grand-mère, ravie de voir cette belle pièce de lingerie et ces bas de premier choix prendre une nouvelle vie.
- Ouais, mais je suis pas sûre que je sois faite pour eux, souffla la jeune fille entre ses dents.
- Enfile la jupe et la veste du tailleur et remets tes souliers, qu’on voie ce que cela donne !
Natacha s’exécuta de bonne grâce, curieuse, elle aussi, de l’effet obtenu.

Elle ne fut pas déçue.
Elle avait l’impression que la jupe moulait ses hanches leur donnant un galbe parfait.
Ses jambes étaient comme magnifiées par les bas, délicatement ombrés et irisés. Elles lui semblaient plus longues.
Sa grand-mère la regardait s’admirer dans la glace. Les deux femmes paraissaient rêver. Le temps s’était soudain aboli.

L’aînée fut la première à rompre ce moment de communion particulier.
- Tu te sens bien ?
- Ben, je ne sais pas ; cela serre tout de même un peu… Mais belle, et sexy, ça oui !
- Ecoute, on ne peut pas passer en un clin d’œil d’un jean à un tailleur des années 50, avec les dessous assortis… Il faut un peu de patience et d’entraînement ! Quand j’avais ton âge, il m’a fallu plusieurs jours pour m’habituer à ma première gaine. J’ai tenu bon – je n’avais d’ailleurs pas le choix – et je ne l’ai jamais regretté.
- Je ne sais pas vraiment si je suis capable de tenir le choc… pour autant que cela vaille la peine.

Natacha n’arrivait pas à dégager son regard du miroir.
- Je me demande quelle tête feraient mes copines si elles me voyaient dans cette parure ! Sans parler de chouchou : il aime bien mes délires vestimentaires, mais là…
La grand-mère contempla sa petite fille d’un œil malicieux.
- C’est ta vie ma chérie. Tu es jeune. Tu as la vie devant toi. A toi d’en profiter ! Les années passent si vite : on se couche encore enfant un soir et on se réveille vieux le lendemain… Tu as la chance de ne pas avoir de contraintes, sinon celles que tu t’imposes toi-même ! Tu es une fille de ton époque, qui aime les beaux habits, et je te comprends. Mais pour moi, bien s’habiller, c’est aussi soigner ses dessous, les deux aspects sont intimement liés. Tu verras que faire un effort sur soi-même est quelque chose de valorisant. Finalement, c’est aussi une manière de se faire respecter.

Natacha avait entre temps retiré ses chaussures et enlevait les bas. Elle dégrafa la gaine et la laissa choir sur ses pieds nus. La combinaison la rejoignit bientôt, puis la jupe. Elle enfila son jean, le boutonna et passa sa veste de cuir. Elle plia soigneusement la jupe et la veste du tailleur, posa dessus la gaine blanche et le serre-taille noir, enfin les bas, sagement repliés dans leur pochette. Elle contempla le tout un instant, posa la main dessus et se tourna vers sa grand-mère :
- Tu pourrais me prêter deux ou trois autres paires de bas ?

                                                                                                Natacha3.jpg

Par Léo le Chat - Publié dans : Un peu de poésie... - Communauté : Pour nous les filles
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 21:39

III

La vieille dame, assise dans son fauteuil de velours cramoisi, lisait un magazine « people ». Elle releva les yeux et ne put s’empêcher d’admirer sa petite-fille, qui esquissait devant elle quelques pas de danse, histoire de vérifier la bonne tenue du tailleur.
- Magnifique ! Tu as résolu ton problème, apparemment…
- J’avoue que je suis un peu bluffée. Je n’aurais pas pensé qu’un simple bout de tissu aurait un tel effet…
- « Un simple bout de tissu »… lâcha Iryna avec une certaine ironie, suffisamment discrète pour que Natacha n’entende pas.
- Je peux la garder ?
- Si elle t’est utile, prends-là sans hésiter. De la qualité pareille, on ne trouve plus !
Natacha courut embrasser sa grand-mère. Celle-ci l’admira encore une fois de pied en cap.
- Ce tailleur est vraiment chic. Il te va très bien. Il te plaît toujours ?
- Et comment 
- Je dois quand même te faire une remarque, enchaîna-t-elle après une courte pause.
- Dis toujours !
- Tu devrais porter des bas avec, c’est un tout. Comme cela, il manque quelque chose.
Natacha ne put réprimer une moue.
- Tu sais bien, je n’aime pas trop ! Et puis je n’en ai pas sur moi.
- Tu fais comme tu veux, mais je pense que tu as tort. Tant qu’à mettre un tailleur aussi beau, il faut assumer jusqu’au bout. C’est comme une Ferrari à laquelle on enlèverait le petit cheval dressé…
La comparaison amusa la jeune fille.
- Tu m’en prêtes une paire, juste pour voir si ça fait une telle différence ?
Trop heureuse d’avoir fait changer d’avis sa petite fille, la vieille femme reprit :
- Il y en a dans la même commode, dans le dernier tiroir.
Natacha grimpa dans la chambre.

Elle en redescendit quelques minutes plus tard, la mine déconfite.
- Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ça ?
Elle tenait au bout de son bras une paire de bas nylon d’une belle teinte gris-fumée.
- Eh bien, ce sont des bas, c’est ce que tu cherchais, non ?
Natacha la regardait, un peu interloquée.
- Je pensais à des collants ! Les vrais bas, je n’ai jamais essayé. J’ai bien quelques copines qui en mettent pour leur copain, mais ça m’a toujours paru un truc un peu lourd, limite louche…
A son tour la grand-mère accusa un certain étonnement.
- J’ai essayé les collants au début, dans les années 70, mais ça ne m’a jamais plu. Ni à ton grand-père d’ailleurs. La texture, ce sentiment d’avoir un noeu à l’entrejambe... Et puis ça descend. Je suis revenue aux bas par choix. Parce que je me sentais mieux avec des bas qu’avec des collants. Tu es libre d’en penser ce que tu veux, mais cela me fait de la peine que tu trouves cela « louche ».
Natacha ne savait plus que dire et restait pensive.
- Alors tu n’as pas de collants ?
- Non, je t’assure.

Un silence gêné se fit jour entre les deux femmes. Iryna le rompit.
- Tu m’as dit que les années 50 étaient à la mode… Alors pourquoi ne pas essayer aussi les dessous qu’on portait à cette époque ? Les habits étaient créés et taillés en fonction des sous-vêtements, cela allait de soi.
- Tu as gardé des porte-jarretelles ?
- Tu me connais…
Les deux femmes montèrent à l’étage, Iryna emboîtant le pas à sa petite-fille et la suivant à son rythme.
Elle se dirigea vers une petite commode ventrue et ouvrit un des trois tiroirs. Après avoir farfouillé un moment, elle en tira deux ceintures équipées de jarretelles, l’une noire relativement haute, l’autre blanche, et les tendit à Natacha.
- Voilà deux très belles pièces. J’avais à peu près ta taille (peut-être un peu plus dodue..) mais cela devrait aller pour un essayage – si cela te tente.
Natacha examina avec une certaine curiosité les dessous proposés.
- Cela ne ressemble pas vraiment à des porte-jarretelles…

Sa grand-mère étala délicatement la lingerie sur la commode. Après un temps de réflexion, elle répondit :
- En effet, on ne portait pas vraiment ce que vous appelez aujourd’hui des porte-jarretelles et qu’on voit sur certaines publicités. A ton âge, même plus jeune, ma mère m’a emmenée, comme toutes les filles, chez sa corsetière. J’ai troqué mes premières ceintures, qui ne servaient qu’à tenir mes bas, contre une gaine relativement contraignante.
Les mères estimaient alors qu’il était important que leurs filles, devenues de jeunes adultes, soignent leur aspect. La gaine faisait la femme. C’était une manière de marquer la fin de l’enfance. Les choses sérieuses commençaient. Une fois émancipées de leur mère, les filles gardaient une conscience très forte de cette réalité, tout en se permettant quelques fantaisies. La guêpière noire ajourée est un cadeau de ton grand-père. Les hommes aiment les tailles fines ! La mode new look, dans les années 50 justement, proposait une silhouette où la taille était vraiment marquée. C’était superbe, mais cela imposait souvent des dessous relativement structurés…

                                                                                                                                        à suivre

Par Léo le Chat - Publié dans : Un peu de poésie... - Communauté : Nylon : Bas vintage & Bas de luxe
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 18:00

II

Quand elle redescendit, Natacha portait sous le bras le tailleur dont sa grand-mère lui avait raconté l’histoire.
- Tu me le prêtes ?
- Bien sûr, tu crois quoi, que je vais le remettre ? Elle sourit malicieusement.
Les deux femmes s’embrassèrent tendrement. Une complicité certaine les liait. Peut-être Natacha avait-elle hérité de son aïeule ce goût pour un certain raffinement qu’elle sentait poindre en elle ?
Elles prirent congé. La petite-fille emportait, soigneusement plié et emballé dans du papier de soie, le petit tailleur gris qui avait fait le bonheur de sa grand-mère quand elle était jeune fille, à peine plus âgée qu’elle.

Quelques temps après, Natacha eut l’occasion de se rendre à nouveau chez sa grand-mère.
Elle avait une idée bien précise en tête.

Iryna la reçut avec l’empressement habituel. Les visites de sa petite-fille meublaient une existence relativement morne et lui apportaient un peu de chaleur et de bonheur de vivre. Depuis qu’elle avait mis le nez dans ses armoires, Natacha venait plus souvent la voir, et les échanges qu’elles avaient lui faisaient grand plaisir. Et puis cela lui donnait l’occasion de revoir, portés par une jeune et belle fille, les vêtements qu’elle avait tant aimés autrefois.

Elle avait peine à comprendre pourquoi les femmes ne se souciaient plus – ou si rarement – de leur mise, préférant les pantalons, en général des jeans plus ou moins moulants, et les souliers bizarres, aux jupes, robes et jolis escarpins qui avaient fait son ravissement et celui des hommes qu’elle avait connus.

Natacha n’y alla pas par quatre chemins.
- Mamie, il faut que tu m’aides !
- Ah bon… Qu’est-ce qui se passe ? Tu as besoin d’argent ?
- Mais non !
- Alors quoi ?
- Ben, je suis embêtée. Le tailleur gris que j’ai pris la dernière fois, tu te rappelles ?
- Si je m’en rappelle ? Bien sûr ! C’est ça, le problème ?
Natacha sortit le tailleur de son sac et le déplia sur la table.
- Chaque fois que j’essaie de le mettre, la jupe a tendance à remonter. C’est désagréable.
- Evidemment, je comprends.
- ça fait que je n’ai pas encore eu le courage de le mettre, et ça m’énerve ! C’était aussi comme ça quand tu le portais ? Comment faisais-tu ?
- Jamais eu de problèmes de ce genre, non, vraiment.

La grand-mère et la petite-fille se regardèrent un moment en silence. La première reprit :
- Tu portes un jupon, ou une combinaison ?
- Ben non, je n’ai pas cet article. Et puis je ne vois pas ce que cela changerait.
- Détrompe-toi ! Cela change tout…
- Comment cela ?
- Une combinaison en soie permet à la jupe ou à la robe de ne pas adhérer aux bas et de rester bien en place. Autrefois, les jupes n’étaient pas toujours doublées ; tout le monde en portait. Et puis cela donne un certain « finish ». Ton grand-père était complètement accro à mes « combis » en soie bordée de dentelle !
- Ouais… je ne suis pas vraiment convaincue, répliqua Natacha.
- Pourquoi ne ferais-tu pas un essai ? Il y en a de très belles dans la commode basse, à droite en entrant dans la chambre à coucher. Mais auparavant, prenons une tasse de thé, et raconte-moi ta vie !

La jeune fille se fit un devoir, et un plaisir, de rapporter à sa grand-mère ses derniers exploits. Elles passèrent toutes deux un très agréable moment ensemble.
Natacha monta ensuite dans la chambre à coucher, emportant avec soi le petit tailleur de lainage gris chiné qu’elle avait « emprunté » quelques semaines auparavant à son aïeule.
Dans la commode qui lui avait été indiquée, elle trouva en effet tout un choix de jupons et de combinaisons ourlées de dentelles rapportées à la main, avec autant de soin que de minutie. Elle déplia une combinaison gris-perle qui lui sembla susceptible de faire l’affaire. Un parfum frais en émanait. Après toutes ces années, la soie conservait un toucher d’une sensualité extrême. La coupe du tissu, en biais, donnait une belle tenue à ce dessous impalpable. On pouvait aimer ou pas ce genre de pièce de lingerie, mais il fallait avouer que cela avait une « présence » certaine ! Elle se dévêtit et enfila la combinaison. Un frisson parcourut tout son corps. La soie était légère et douce comme une caresse sur son buste, son ventre, sa taille, ses hanches, ses cuisses... Elle se mira dans la glace de la penderie. A l’évidence, cette lingerie raffinée lui allait comme un gant. Elle passa la jupe et endossa la veste du tailleur. Elle tourna plusieurs fois sur elle-même, se regardant à la dérobée dans le miroir, fit quelques pas. Waww !
Elle enfila la paire de souliers qu’elle avait emportée avec elle, les plus fins qu’elle possédait, en joli chevreau noir avec un petit talon, et rejoignit sa grand-mère au salon.

                                                                                                 à suivre...

Par Léo le Chat - Publié dans : Un peu de poésie... - Communauté : Sois belle et sois toi !
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 10:56

I

Natacha, une belle rousse qui allait sur ses dix-huit printemps, avait une passion : les fringues. Passer quelques heures à farfouiller dans les rayons des grands magasins ou des boutiques branchées, découvrir LA pièce qui ferait sa journée, constituait pour elle un délassement agréable, qui l’aidait à oublier momentanément les aléas de la vie quotidienne et les éventuelles peines de coeur. Elle partageait volontiers cette marotte avec des copines, mais se sentait plus libre quand elle se trouvait seule à choisir. L’unique problème, pour une étudiante comme elle, c’était bien évidemment la trésorerie… Les quelques jobs occasionnels qu’il lui arrivait de décrocher ne généraient qu’un peu d’argent de poche.

A la faveur de la tendance « vintage » qui remettait au goût du jour les « fifties » et les « sixties », elle avait cependant trouvé une source presque inépuisable de trouvailles vestimentaires. Sa grand-mère, issue d’une vielle famille russe, lui ouvrait avec un plaisir complice les penderies où elle conservait les habits qui avaient fait sa gloire, au temps béni de sa jeunesse. Relativement aisée, elle s’était alors constituée une garde-robe dont les coupes et les tissus, sans parler des détails et des finitions, laissaient bouche bée sa petite-fille.

Natacha avait grandi dans un monde où les vêtements, essentiellement pratiques, n’avaient aucun rapport avec ce qu’elle découvrait dans les armoires de sa grand-mère. C’est tout juste si elle avait porté, à l’une ou l’autre occasion spéciale, une jupe. Son intérêt relativement neuf pour la mode, lié sans doute à un désir plus ou moins conscient de révéler la femme qui vivait en elle, avait certes fait entrer dans ses tiroirs quelques robes et quelques jupes. Elle les portait à présent avec plus d’assurance et de plaisir, sentant que quelque chose se passait dans sa tête (et peut-être aussi un peu plus bas dans son corps) quand elle enfilait ces vêtements très connotés.

Un jour qu’elle essayait un superbe tailleur chez sa grand-mère, celle-ci entra pour lui proposer une tasse de thé (ce mélange « goût russe », auquel elle restait attachée depuis des lustres). Elles s’assirent toutes deux autour d’une petite table et Iryna (c’était son prénom) remplit les tasses de porcelaine avec la liqueur ambrée et parfumée qu’elle avait préparée selon le rituel immuable que lui avait transmis sa propre grand-mère. Elle posa son regard sur Natacha et sourit.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Je suis ridicule dans ce tailleur…, n’est-ce pas ?
Iryna continuait à la contempler en souriant. Un regard intense, dans lequel un œil averti aurait perçu un peu de vague à l’âme. Natacha la fixait, interrogative. Ses yeux d’un vert tirant sur le bleu, des yeux de chatte, grand ouverts, l’air de dire, « alors ? ».
La vieille dame laissa échapper un soupir imperceptible.
- Cela me fait drôle de te voir dans ce tailleur, tu sais…
- Ah bon, tu trouves qu’il n’est pas fait pour moi ?
- Au contraire, la coupe en est très belle. Elle met parfaitement en valeur tes formes.

- Alors ?
- Cela me rappelle tant de choses…

Son regard se perdit. Elle se reversa une tasse de thé et le but à petites gorgées. Ses yeux semblaient revivre le film de sa vie.
- Tu ne veux pas me raconter, mamie, c’est une histoire triste ?
Iryna posa lentement sa tasse.
- Ce tailleur, c’est celui que je portais lorsque j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari – ton grand-père. Je le revois encore comme si c’était hier. Il était très beau. Son chapeau lui donnait une stature d’homme. J’étais éblouie. Je crois que si je n’avais pas eu, ce jour là, un tailleur aussi chic, et qui m’allait aussi bien – d’autres m’en avaient déjà fait le compliment – je n’aurais pas osé répondre à ses avances. Enfin, tout cela est bien loin et n’a pas grande importance… Je suis heureuse que tu t’intéresses à cet ensemble. Ce tissu gris finement chiné se marie admirablement à ta chevelure, ma petite. Mais ne trouves-tu pas tout cela un peu passé de mode ?
- Au contraire, mamie ! Le problème ce n’est pas l’époque : on les revisite un peu toutes, les époques, et les années cinquante sont dans l’air du temps… Non, ce qui m’embête…
Natacha laissa sa phrase suspendue. Elle avala une gorgée de thé et croqua un biscuit.
- Qu’est-ce qui t’embête ma petite ?
Après un silence qui lui donna le temps de trouver ses mots, elle reprit :
- C’est tout ce qui va avec, les collants, les souliers à talons. Je ne me sens pas très bien dans ces trucs. Les collants, surtout, me donnent une sensation d’étouffement ; ils descendent entre les jambes, je n’aime pas en mettre. Et puis ça fait un peu, excuse-moi, « mémère ».
- Ah ?
- J’ai aussi essayé les bas auto-fixants… Ce n’est pas mieux : ou bien ça laisse des traces sur la cuisse, ou bien ça risque de tomber, je ne me sens pas sûre.
- Je comprends
- Et puis les talons, il faut savoir marcher avec, ce n’est pas pratique.
- Tu as raison.

Un nouveau silence prit place entre les deux femmes, qu’un demi-siècle séparait.
Iryna replaça la théière et les tasses sur le plateau.
- Bien, je te laisse à tes essayages.

                                        à suivre

Par Léo le Chat - Publié dans : Un peu de poésie... - Communauté : Un monde de femmes
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires

Présentation

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Fréquentation

Combien de visiteurs en ce moment?  3 


 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés